Conférence BnF 2014 - B. Chazelle

"Le génie interrompu d'Alan Turing"
19 mars 2014 - 18h 30
Vidéo de la conférence

par Bernard Chazelle (Princeton University).

BnF, site F.-Mitterrand, Grand auditorium, hall Est, quai François-Mauriac, Paris 13

Les ponts, les avions, et les bicyclettes ont été construits bien avant qu’une théorie scientifique soit à même d’expliquer leur fonctionnement. L’ordinateur fait figure d’exception, étant en effet une des rares technologies dont la théorie a précédé la réalisation. En 1936, Alan Turing écrit le texte fondateur de l’informatique, qui est le sujet de cette conférence. Il faudra attendre une dizaine d’années avant que le premier ordinateur ne voie le jour. Formé aux mathématiques et à la physique à l’université de Cambridge, Turing se distingue rapidement par l’originalité et l’éclectisme de sa pensée. On lui doit des contributions scientifiques majeures dans des disciplinées aussi variées que la théorie des nombres, la logique, la biologie, la cryptographie, les statistiques, et l’intelligence artificielle.


Alan Turing aura connu une vie courte et mouvementée, refusant de se plier aux normes rigides d’une société dont l’intolérance le conduira au suicide à l’âge de 41 ans. De son œuvre scientifique, l’histoire retiendra deux grands chapitres. D’une part, la conception de l’ordinateur moderne, une découverte à l’origine de la plus grande révolution technologique que le monde ait connu depuis le XIXème siecle ; d’autre part, le déchiffrement du code secret nazi. A cet égard, Churchill n’hésitera pas à designer Turing comme l’individu ayant contribué le plus à la victoire alliée pendant la deuxième guerre mondiale.

Cette conférence s’efforcera d’expliquer l’innovation radicale du papier de Turing de 1936. Alors que l’approche dominante de l’époque était d’amarrer la notion de calcul au formalisme de la logique, c’est au mathématicien Alan Turing de proposer que la perspective à adopter n’est pas celle du logicien mais de l’ingénieur : selon lui, le calcul est avant tout affaire de «machine». Les conséquences ne se font pas attendre. Non seulement l’approche «mécanique» de Turing permet d’étendre et de simplifier les résultats célèbres de Gödel sur l’incomplétude des systèmes formels mais, surtout, elle ouvre la voie vers les ordinateurs électroniques et l’algorithmique qui les gouverne.
 

Textes : Turing, A. M.*(1936) "On Computable Numbers, with an Application to the Entscheidungsproblem"
Proceedings of the London Mathematical Society/. 2 *42*. pp. 230-265

et

"On Computable Numbers, with an Application to the Entscheidungsproblem: A correction". Proceedings of the London Mathematical Society.
2 *43* (1937). pp. 544-546.

 

Pour en savoir plus :  bibliographie (format pdf)


Bernard Chazelle. (Dipl. Mines-Paris, PhD Yale) est, depuis 1986, professeur à l’université de Princeton, où il occupe la chaire Eugene Higgins d’Informatique. Ancien directeur du Centre NSF de «Computational Intractability», sa recherche porte sur les algorithmes et la complexité. Un des pionniers de la géométrie algorithmique, Bernard Chazelle a longtemps travaillé sur la conception et l’analyse des algorithmes et des structures de données en géométrie et en optimisation combinatoire. Un des grands thèmes de sa recherche a été le rôle de l’aléa dans la complexité algorithmique, un sujet sur lequel il a écrit un ouvrage The Discrepancy Method: Randomness and Complexity.
Depuis plusieurs années, il poursuit un programme de recherche sur les «algorithmes naturels» dans le but de bâtir un pont entre l’algorithmique et les systèmes dynamiques du monde vivant. Il a été professeur au Collège de France en 2012-2103. Il est membre de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences et de l’Académie Européenne des Sciences, ACM Fellow, Guggenheim Fellow, et lauréat de trois prix de l’association de mathématiques SIAM.

 

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