Rapport moral 1998

Période de juin 1997 à juin 1998

I. Affaires Générales
Jean-Jacques Risler, Président

Statuts
Mon mandat de président n'est plus renouvelable et s'achève donc ce 13 Juin 1998. Il aura duré deux ans en tout, période indéniablement trop courte, car ce laps de temps est insuffisant pour pouvoir mener à bien quelque projet d'envergure que ce soit, vu le temps qu'il faut pour se mettre au courant des rouages de la Société ; cet état de fait explique probablement un certain manque de continuité dans la politique de la SMF.

J'ai donc décidé de mettre en chantier dès mon arrivée une réforme des statuts qui a d'abord été discutée en Conseil l'an dernier, mise au point au cours d'un débat du Conseil le 17 janvier 1998, débat auquel participaient trois anciens présidents de la SMF, modifiée après consultation des services du Ministère de l'intérieur, et finalement votée le 25 Avril 1998 par l'Assemblée Générale extraordinaire convoquée l'après-midi d'un CA. Il reste encore les formalités administratives (assez compliquées) pour faire avaliser ces statuts par le ministère de l'intérieur, et à modifier le règlement intérieur, ce qui ne nécessite pas un vote de l'AG.

La principale nouveauté par rapport aux anciens statuts est que le mandat de président, toujours de un an, sera renouvelable deux fois au lieu d'une, à la condition (qui ne change pas) que le président soit membre élu du conseil pendant tout son mandat. Pour le reste, il n'y a pas de modificaion notable, les statuts d'une Association Reconnue d'Utilité Publique comme la nôtre étant très prédéfinis par la loi.

D'un autre côté, tant que les fonctions de président sont ce qu'elles sont, c'est à dire à la fois un rôle d'administrateur et un rôle politique, on ne peut exiger qu'un mathématicien reste trop longtemps aux commandes, sauf à se couper presque totalement de sa recherche. Il me semble donc que l'idée de séparer les deux fonctions décrites ci-dessus devrait être creusée par mes successeurs.

Recrutement
Après six ans au Conseil dont deux à la présidence, il est temps pour moi de faire un bilan de l'état de la SMF. Ce bilan est à mon sens positif. Je commencerai cependant par parler du plus gros problème de la Société qui est certainement le recrutement. La SMF est en effet loin de compter parmi ses membres l'ensemble des mathématiciens français, et beaucoup d'entre eux ne se reconnaissent pas dans la Société ; il en résulte un manque d'efficacité et de poids dans les actions que la SMF peut (et doit) mener pour défendre et promouvoir les mathématiques face aux autorités de tutelle ou au monde extérieur. Pour remédier à cet état de fait, il faut que la SMF soit plus visible vis-à-vis de la communauté, en particulier par ses actions "politiques''. Il faut aussi qu'elle soit plus présente dans les Universités, notamment en province, ce qui n'est pas le cas, à l'exception (notable) de Marseille-Luminy. J'ai essayé dès mon arrivée d'organiser des "journées SMF'' en province, un peu sur le modèle de la journée annuelle parisienne, sans parvenir jusqu'ici, à une exeption près, à trouver des organisateurs locaux suffisamment dynamiques ou dévoués pour s'engager dans cette aventure. Je pense cependant que l'idée est bonne et qu'il faudrait la poursuivre. Une des raisons du manque de visibilité de la SMF sur le plan des actions politiques est, me semble-t-il, qu'elle consacre beaucoup d'efforts (il faut dire couronnés de succès) dans le secteur de l'édition de revues, ce qui laisse peu de place aux actions de caractère strictement associatif que devrait développer une Société Savante telle que la nôtre. Evoquer les problèmes d'édition, qui seront développés par C. Sabbah, m'amène à parler du contrôle fiscal et à dire quelques mots de la situation financière.

Situation financière et fiscale
Comme vous devez le savoir, le contrôle fiscal que nous avons subi en mai 1997 s'est finalement bien terminé, après nous avoir beaucoup inquiété. Cependant, cette douloureuse épreuve nous amène à réfléchir à deux aspects de notre activité :

  • a) Les relations entre le CIRM et la SMF
  • b) Les problèmes d'édition.

Ces réflexions sont en cours ; je me contenterai d'énoncer quelques principes de base qui doivent guider notre action future. En ce qui concerne le CIRM, dont le budget (non consolidé) est environ quatre fois celui de la SMF, la fusion des deux comptabilités telle qu'elle est pratiquée actuellement pour des raisons de forme, est artificielle et potentiellement dangereuse pour les deux institutions. En revanche, il est impératif pour ces deux structures de conserver le lien privilégié qui les unit, et en particulier que la SMF puisse continuer à apporter au CIRM sa garantie scientifique et lui conserver son caractère "national''.

Pour l'édition, le principe que j'ai retenu est le suivant : la SMF a la possibilité (aussi bien sur le plan fiscal que sur le plan de son savoir faire et de ses capacités) de publier des revues et des périodiques de Mathématiques (j'inclus "Astérisque'' et "Panoramas et Synthèses'' dans la catégorie des revues, cette dernière étant proposée par abonnements à partir de l'an prochain).En revanche, l'édition et la distribution de livres doivent être laissées à des professionnels. Cette position, prise en grande partie (mais pas seulement) à cause du contrôle fiscal, implique un changement assez radical de politique par rapport à celle des dernières années. Je laisse à mes successeurs le soin de décider si la SMF doit continuer sous la forme actuelle l'édition de ses revues. Je me contenterai de signaler qu'il faut se poser la question. Une commission présidée par Bernard Teissier doit d'ailleurs remettre un rapport sur le problème de l'édition des revues mathématiques françaises, et donc aider à cette réflexion.

La situation financière de la société s'est heureusement assainie depuis deux ans, mais reste fragile, car pour partie dépendante de subventions publiques. Je tiens à remercier à cette occasion les autorités de tutelle pour l'aide et la confiance qu'elles nous accordent, ainsi que le personnel de la Société qui est pour beaucoup dans ce redressement par la qualité de son travail et le fait qu'il ait accepté un gel provisoire de ses rémunérations.

Problèmes informatiques
L'arrivée de Claude Sabbah comme secrétaire aux publications a incontestablement donné un coup de fouet aux activités de la SMF liées à l'électronique. Des "formats Latex SMF'' ont été mis au point par Antoine Chambert-Loir, ce qui va nous permettre à terme de composer nos revues "en interne'', et de pouvoir offrir des versions électroniques de ces dernières, lorsque une telle décision sera (éventuellement) prise.

Nous sommes aussi en train de transformer la collection "Séminaires et Congrès'' en une revue purement électronique. L'avenir financier de cette publication n'est pas clair pour l'instant.

Cette activité électronique est évidemment liée au Serveur Web, maintenant opérationnel et géré, commme celui de la SMAI, par EDP-Sciences. Le déve\-loppement et le maintien de ce serveur ne pourront pas reposer éternellement sur la bonne volonté de collègues souvent déjà très sollicités sur ce plan par leur propre laboratoire ; le problème devrait être résolu pour l'an prochain avec la venue d'un scientifique du contingent. D'autre part le besoin d'une concertation entre la SMF, la SMAI et MATHDOC se fait sentir, afin d'éviter une concurrence stérile entre ces trois serveurs.

Activités "politiques'' de la Société

Enseignement

- Le GRIAM, GRoupe Inter-Associations de Mathématiques, créé à l'initiative de la SMF, a poursuivi ses travaux cette année et est devenu un interlocuteur privilégié du ministère en ce qui concerne l'enseignement des mathématiques au lycée.

Signalons aussi :

- La création, sous l'impulsion de Martin Andler, d'une association autour du thème des olympiades, destinée en fait à promouvoir des "clubs mathématiques'' dans les lycées, et à fédérer les diverses structures existant déjà dans ce domaine, comme par exemple "Maths en Jeans'' ou "Cinquante lycées''.

- La création d'une commission SMF-SFP qui a pour but d'essayer d'harmoniser les programmes de Mathématiques et Physique dans les sections de DEUG scientifiques, ainsi que dans les classes préparatoires.

Actions internationales

Sous l'impulsion de Paula Cohen, nous avons rencontré le président de l'AMS, ce qui s'est traduit par deux projets précis :

- La traduction en anglais par l'AMS de certaines publications de la SMF.

- L'organisation en France d'un colloque AMS-SMF qui pourrait se tenir en 2001 dans une ville de province (des contacts avec Lyon ont déjà été pris à ce sujet).

Communication

Un "petit-déjeuner de presse'' a été organisé par Martin Andler avec l'association des journalistes scientifiques, auquel participaient, outre M. Andler pour la SMF et B. Prum pour la SMAI, J-C. Yoccoz et R. Balian (président de la SFP).

- Un "Comité français pour l'an 2000'' a été officiellement créé. Il est présidé par Martin Andler et a pour vocation de fédérer les actions françaises dans ce domaine. Il regroupe pour ce faire des représentants des associations de mathématiciens, ainsi que diverses personnalités.

- La brochure "MAV+10'', éditée conjointement par la SMAI et la SMF a été largement diffusée, en particulier à tous les membres.

En conclusion, je dirais que la SMF est active et bénéficie d'un prestige certain, non seulement en France mais aussi à l'étranger ; cependant, assez curieusement, elle est ignorée (et quelques fois même dénigrée) par un certain nombre de nos collègues. Il faut qu'elle arrive à gagner (ou à regagner) la confiance et l'adhésion de l'ensemble de la communauté mathématique française, faute de quoi son existence même est à terme menacée. Ceci est certes l'affaire du Président et du Conseil, mais aussi celle de tous les membres.

II- La cellule de diffusion à Marseille
Paul-Jean Cahen, Vice-Président

La cellule de diffusion à Marseille a connu un accroissement considérable de ses activités dans les dernières années. On peut le suivre avec son chiffre d'affaires : de 212KF en 1993, il a atteint 1 042KF en 1996, puis 1 298KF en 1997 et déjà 870KF pour le seul premier trimestre de l'année 1998. En effet, avec la disparition d'Offilib et la reprise de la majorité des activités auparavant dévolues à Gauthiers-Villars, la cellule est devenue le premier diffuseur des publications de la SMF. La récupération de ces activités a demandé un gros effort de mise en ordre de la part du personnel de la cellule. Cette évolution a néanmoins permis à la SMF de minimiser les coûts et donc de mieux rentabiliser ses ventes.

Pour faire face à cet accroissement du volume des affaires et donc du travail à fournir, nous nous sommes dotés de nouveaux outils. L'an dernier c'était une machine à affranchir et cette année a vu l'arrivée de deux nouveaux ordinateurs, écran pleine page. Surtout, nous nous sommes dotés d'un logiciel professionnel de gestion commerciale (ainsi que le CIRM, avec lequel nous avons fait un achat groupé). Ceci devrait nous permettre de mieux suivre l'état des ventes et des stocks et d'en donner des compte-rendus beaucoup plus réguliers et plus détaillés que par le passé.

Nous poursuivons aussi le travail de mise en ordre entrepris par nos prédé\-cesseurs. Rangement et mise au rebut du matériel obsolète. Surtout nous devrons poursuivre le pilonnage des invendus en excédent, la cellule ayant toujours un gros problème de stockage (ne disposant, de manière provisoire, que d'un local aménagé sous la bibliothèque de l'Université d'Aix-Marseille II).

Soulignons la bonne entente avec le CIRM. Nous remercions Jean-Pierre Labesse, son directeur, qui avec un mélange de rigueur et de souplesse, nous a toujours offert son concours :

  • - l'informaticien pour les petits dépannages et ses conseils pour les commandes de matériel,
  • - le jardinier pour de nombreux coups de main,
  • - les femmes de ménage, pour une heure hebdomadaire.

Nous espérons avoir avancé par rapport aux demandes de responsabilités déjà exprimées par mon prédécesseur. Pour s'acquitter convenablement de sa tâche de diffusion, la cellule de Marseille doit prendre toute sa part dans les choix qui s'y rapportent :

  • - détermination des frais d'envois,
  • - détermination des taux de remise,
  • - délais d'édition et annonces anticipées : nous avons plusieurs fois attiré l'attention sur la masse énorme de réclamations dues aux problèmes de délais et aux annonces non réalistes.

Pour finir rendons compte de l'opération d'envois gratuits réalisée par la Bibliothèque Universitaire de Paris Sud pour laquelle nous avons fourni plusieurs collections complètes. Ce sont ainsi une quarantaine de collections qui ont été expédiées dans une dizaine de Pays : Algérie, République Tchèque, Palestine, Chine (20 collections), Viet-Nam, Amérique du Sud, Nigéria, Roumanie, Turquie ; de même, quelques envois ont été faits pour des centres français (Marne la Vallée par exemple) ou le centre international de Trieste (Italie). L'opération se poursuit vers le Maroc et la Tunisie et nous devrons bientôt réapprovisionner la Bibliothèque Universitaire de Paris Sud qui prévoit de continuer cet effort. Rendons compte enfin d'un envoi de publications pour complèter les collections de la bibliothèque d'Oberwolfach.

III- Rapport Financier, exercice 1997
Jean-Pierre Henry, Trésorier

L'année 1997 se solde par un résultat moins inquiétant que ne le prévoyait le budget prévisionnel. Le bilan de 1997 (hors CIRM) présente un bénéfice de 74 KF, ce qui compense la moitié du déficit de 1996 (qui était de 148 KF). Ce déficit de 1996 était heureusement en réduction sur celui de l'exercice de 1995 (272 KF). Les finances de la SMF sont donc sur une pente positive.

Plusieurs explications à ce bilan 1997 meilleur que prévu et meilleur que 1996 :

Le contrôle fiscal ne se traduit par aucun redressement pour la partie hors CIRM de la SMF. L'incidence négative est donc faible (frais) et ne concerne que 20% de la provision de 100 KF prévue par P.-L. Hennequin.

Les subventions CNRS pour Astérisque, le Bulletin et les Mémoires et les Revues électroniques ont augmenté de l'exercice 1996 à l'exercice 1997, au total de 50 KF.

En 1997, nous avons récupéré des recettes OFFILIB provenant des années précédentes pour un montant de 55 KF (*).

Les recettes se sont accrues mécaniquement par le jeu des augmentations de tarifs décidées les années précédentes et du fait de la montée du cours du dollar. Remarquons qu'à ce jour le tarif abonnement, pour les membres de la SMF, aux Bulletins et Mémoires est encore inférieur au coût de revient. Cependant notre politique de revalorisation raisonnable des tarifs est limitée par notre caractère non commercial.

Les recettes d'Astérisque ont donc augmenté de 904 KF à 1149 KF de 1996 à 1997 (dont 55 KF venant d'OFFILIB pour les années antérieures). En fait les chiffres d'abonnements et ventes de collections complètes de nos deux revues "phares" Astérisque et Bulletin et Mémoires stagnent ( environ 600 abonnements et collections complètes pour Astérisque).

Les ventes de séminaires Bourbaki ont atteint avec un léger retard l'objectif prévu de 100 KF pour 1997 : 68 KF en 1997 et 42 KF pour les 3 premiers mois de 1998. Rappelons que l'investissement initial était de 490 KF (dont 357 KF de subventions). Par contre, les "Revues électroniques" ne produisent pour le moment aucune rentrée d'argent. Il s'agit d'un investissement cumulé de 1571 KF pour 1995, 1996, 1997, dont 1025 KF de subventions. A ce jour le serveur de la SMF ne rend probablement pas encore suffisamment de services à la communauté mathématique mais il a le mérite d'exister et de s'améliorer peu à peu. Les investissements pour le mettre à la hauteur des enjeux sont probablement encore conséquents mais dépendront largement de subventions.

En ce qui concerne les dépenses du secteur édition la SMF a entrepris de les réduire, trois postes devraient diminuer légèrement : la composition, les frais d'impression, les frais de transport et d'affranchissement, mais nous ne pouvons espérer des miracles.

La SMF et le CIRM ont fait l'objet d'un redressement fiscal sur les années 1994 et 1995, l'incidence pour la SMF est nulle, par contre pour le CIRM, il a été constaté en charges exeptionnelles dans les comptes 1997 des régularisations de TVA au titre des années 1994, 95, 96 pour un montant de 360 000 F.

Enfin, comme mon prédécesseur, je ne peux qu'admirer le dévouement et la qualité du travail de l'équipe du personnel de la SMF. Les tâches sont multiples et chaque personne a plusieurs responsabilités. La comptabilité est rendue complexe par les différentes sortes de rentrées d'argent et de subventions. Notre équipe du personnel, au siège comme à Marseille, a conscience de la fragilité de notre société et fait un effort maximum pour comprimer les dépenses.

Le trésorier souhaite évidemment que tous les mathématiciens aux commandes de l'association pèsent les aspects financiers de leurs initiatives car il serait inefficace que seul le trésorier s'en préoccupe.