Autour de la réforme du Bac

La réforme du baccalauréat semble prendre une tournure qui inquiète fortement (le mot est faible), et unanimement.
 
Une réforme semblait nécessaire, car le niveau des élèves en sciences n’est pas satisfaisant: non seulement celui des futur(e)s scientifiques, qui sont mal préparés à l’enseignement supérieur, mais également celui des élèves qui ne se destinent pas à des études scientifiques, pour lesquels l’enseignement des maths s’arrête en fin de seconde (c'est le cas aujourd'hui et c’est encore le cas dans la nouvelle réforme) et ne prépare pas suffisamment les jeunes, ni pour leur futur métier, quel qu’il soit (en particulier si l’on pense aux enseignants, du primaire au lycée) ni pour leur condition de citoyen éclairé.
 
Le futur tronc commun dans le parcours du lycéen représente 16 heures hebdomadaires, sans aucune science. Personne n’imagine une formation scientifique sans une solide formation littéraire, qui est absolument indispensable. La réciproque est également valable: une bonne formation doit laisser une place aux sciences.
Le module HSN (Humanités Scientifiques et Numériques) inclus dans le tronc commun a sûrement été pensé comme un moyen d’introduire des sciences pour tous. Mais d’après les discussions en cours, les rapports intermédiaires du CSP et des projets de décret qui circulent, ce module serait finalement l’occasion de parler des enjeux de la science, du numérique, etc… , c'est-à-dire de présenter un discours sur la science, mais sans faire de la science (les intervenants prévus ne semblent pas être des scientifiques). C’est une énorme différence.
 
Il est surement important de faire prendre conscience des enjeux scientifiques aux lycéennes et lycéennes. Mais cela ne compensera jamais un enseignement des sciences en lui-même. Ainsi, parler de grands enjeux à des élèves sans prendre en compte leurs difficultés profondes de compréhension, n’est pas constructif, voire peut donner sur la science des idées fausses. Ici, c’est notre expérience qui parle: il n’est pas rare de devoir faire des rappels sur les fractions en 1ère année à l’université! Pour le dire différemment, comme cela a été souligné dans le rapport Torossian-Villani par exemple, il est nécessaire que tous les élèves possèdent une base solide qui leur permette de dépasser leur difficultés (en se ré-appropriant le calcul, l’intuition mathématique et logique).  C'est alors seulement que, dans un deuxième temps, ils pourront appréhender à leur juste mesure les grandes problématiques.
 
Parlons chiffres:
- il est possible de ne plus étudier de sciences en 1ère. Après consultation de l’ensemble des acteurs de la communauté mathématique, des formateurs aux chercheurs, il apparait qu’un module de 2 ou 3 h hebdomadaires est indispensable pour tous (au moins en première) et que le contenu d'un tel cours devrait être adapté au profil des élèves, en fonction des spécialités choisies.
- Un(e) élève voulant faire des sciences aura au plus 4 h de maths en 1ère, ce qui est sous-dimensionné par rapport aux connaissances qui devront être acquises en profondeur à ce niveau.
- En terminale, ce même élève aura au plus 15h de sciences (2 modules de 6h de sciences accompagnés d’un module de 3h de maths expert), sur un total d'au moins 31h de cours hebdomadaire (enseignement de spécialité et socle de culture commune). En particulier, il est impossible dans la configuration proposée de suivre en terminale une formation maths + physique-chimie + informatique (il faudra nécessairement choisir parmi deux de ces trois modules): quelle préparation insuffisante pour des futurs femmes et hommes, techniciens ou ingénieurs, qui seront porteurs de l’innovation!
- à cela on peut rajouter les inquiétudes mentionnées plus haut sur les 2h du module HSN.
 
Ceci est à comparer par exemple à des étudiants souhaitant avoir une formation plus littéraire qui auraient donc plus de 25h de formation hebdomadaires sur les sujets qu’il ou elle souhaite approfondir. 
 
L’enseignement des sciences est aujourd’hui à un tournant. Avec d'autres associations (APMEP, UPS, CFEM, SFP...)  et l'Académie des sciences, toutes aussi mobilisées les unes que les autres, nous allons nous manifester auprès du ministre, du CSP, etc. en espérant être entendus.
 
 
17 mars 2018
10h30 : Table ronde (ouverte à toutes et tous)
IHP, Paris

Au moment où se préparent des réformes initiées par l’Education nationale, les rapports Mathiot et Villani-Torossian apportent des contributions importantes à la réflexion en cours. L’inquiétude est cependant forte comme en témoigne le communiqué signé par un grand nombre de sociétés et associations relevant de la communauté mathématique.
Cette table ronde se propose de faire le point sur les mesures en discussion, d’analyser leurs effets prévisibles sur la formation scientifique des jeunes et de voir si elles sont susceptibles de pallier les différences sexuées d’orientation.
Avec la participation d’Alice Ernoult, présidente de l’APMEP, membre de la commission Villani-Torossian sur l’enseignement des mathématiques, d’Edwige Godlewski, présidente de la CFEM, de Colette Guillopé, femmes et mathématiques, de Thierry Horsin, président de la SMAI et de Louise Nyssen, vice-présidente de la SMF.
 
  • "L'enseignement des mathématiques, de l’informatique et de la physique dans la transition lycée-université : continuité ou rupture ?"

21 mars 2018
IHP, Paris
Journée organisée par la CFEM : http://www.cfem.asso.fr/actualites/journees-cfem