Sur l'avenir de la recherche mathématique
Le 6 octobre, la compagnie OpenAI a jeté en ligne plus de sept cents textes mathématiques produits par des grands modèles de langage (LLM). Notre communauté traverse un instant de sidération face à cette avalanche qui balaie tous ses standards : d'autorat, de citation, d'exposition, de déontologie. La valeur de la science semble s'y effacer derrière les objectifs promotionnels, dans une guerre d'opinion où nous servons de champ de tir. Les performances véritablement étonnantes des LLM, qui d’une certaine manière témoignent aussi de la puissance des mathématiques, sont tristement mises à profit dans un jeu de massacre court-termiste.
Notre communauté ne va pas se résoudre à déléguer la recherche d’idées mathématiques à l’IA et devenir une chambre d’enregistrement et de certification de preuves parfois bâclées, au service d’entreprises privées : cela obérerait durablement l’avenir de la recherche mathématique. Ces annonces d’OpenAI ne sonnent ainsi évidemment pas la fin des mathématiques, ni de leur sens, ni de leur beauté. La quête de connaissance, son partage, le soin de transmettre, tout cela est affaire humaine et ne peut que le rester. Nous devons réinventer une manière de faire des mathématiques qui valorise toutes ces facettes, dans un contexte où les LLM font désormais partie de notre quotidien tout en étant utilisés de manière très différente suivant les collègues, de l’abstinence totale à l’utilisation courante.
La SMF souhaite que la communauté mathématique se saisisse de l’occasion donnée par l’intrusion des LLM pour mettre les questions éthiques et socio-écologiques au centre de sa réflexion. La vanité de la course à publier, l'indifférence écologique, les inégalités d’accès, ces travers se retrouvent dans notre communauté depuis longtemps mais ils peuvent être soudainement amplifiés jusqu’à l’absurde par ces outils. Nous avons des responsabilités, et notamment celle de soutenir les collègues, en particulier les jeunes ou précaires, dans cette tourmente. Dans ce but, notre communauté doit définir collégialement les nouvelles pratiques dans l’exercice de notre métier ainsi que dans les recrutements et les évaluations à venir, et garantir leur diversité face au monopole radical qui s’annonce.
La SMF rappelle donc son attachement à l'éthique dans la pratique de notre discipline, et à la bienveillance dans les débats, nombreux et nécessaires, qui vont avoir lieu. Elle y participera avec détermination, notamment via le séminaire MIAM. Sereins, ces débats dessineront l’avenir des mathématiques.
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On October 6th, OpenAI pushed to the web more than seven hundred mathematical texts generated by Large Language Models (LLMs). Our community is in a state of shock at this deluge, which casts aside all standards of authorship, citation, presentation and professional ethics. The value of science seems to fade into a secondary matter behind promotional objectives, in a war of opinion where we are being used as a testing ground. The truly astonishing capabilities of LLMs – which, in a way, also demonstrate the power of mathematics – are being exploited in a sad, short-sighted game of intellectual slaughter.
Our community cannot delegate the pursuit of mathematical ideas to AI and become a mere registry and certification body, in the service or private companies, for proofs that are sometime sloppy. That would permanently undermine the future of mathematical research. This announcement of OpenAI does not herald the end of mathematics, of its meaning and beauty. The quest for knowledge, and the care given in nurturing it, sharing it, passing it on – all of this is a human endeavour and must remain so. We must reinvent a way of doing mathematics that values all these aspects, in a context where LLMs are now part of our daily lives, whilst being used in very different ways by our colleagues, ranging from total abstinence to routine use.
The SMF hopes that the mathematical community will seize the opportunity presented by the emergence of LLMs to place ethical and socio-ecological issues at the heart of its thinking. The vanity of the race to publish, ecological indifference, unequal opportunities in the access to frontier research: these shortcomings were already present in our community, but they can suddenly be amplified to the point of absurdity by these tools. We have responsibilities, in particular that of supporting our colleagues – especially young or precariously employed researchers – through this turmoil. To that end, our community must collectively define new practices in the exercise of our profession, in future recruitment and assessment processes, and ensure their diversity in the face of the radical monopoly that could lie ahead.
The SMF therefore reaffirms its commitment to ethical standards in the practice of our discipline, and to a spirit of benevolence in the numerous and necessary debates that will take place. It will participate in these with determination, notably through the MIAM seminar. Conducted serenely, these debates will shape the future of mathematics.
