L'incomplétude de Gödel : les limites de la méthode axiomatique
par S. Anscombe
Au tournant du XXe siècle, les mathématiciens ont cherché à fonder l'ensemble de la vérité mathématique sur quelques règles de départ inébranlables, appelées axiomes : des énoncés que l'on choisit d'admettre sans les démontrer, et dont on déduit tout le reste — un peu comme les règles d'un jeu, à partir desquelles se déroulent toutes les parties possibles. Le grand rêve était de bâtir un cadre unifié capable de prouver ou de réfuter n'importe quelle proposition. En 1931, Kurt Gödel a brisé cette attente : quel que soit le système de règles choisi, pourvu qu'il ne se contredise pas lui-même et qu'il soit assez riche pour parler des nombres entiers, il y aura toujours des affirmations vraies qu'il ne permet pas de démontrer. Autrement dit, il manquera toujours quelque chose — c'est ce que l'on appelle ses théorèmes d'incomplétude. Nous verrons comment Gödel a réussi ce tour de force, pourquoi « vrai » et « démontrable » ne veulent pas dire la même chose, et ce que cela nous apprend encore aujourd'hui, à l'heure des ordinateurs et de l'intelligence artificielle.
Kurt Gödel. Über formal unentscheidbare Sätze der Principia Mathematica und verwandter Systeme I. Monatshefte für Mathematik und Physik, 38:173–198, 1931.

Sylvy Anscombe
Sylvy Anscombe est mathématicienne, spécialiste de logique et de théorie des modèles, ainsi que de leurs interactions avec l'algèbre et la théorie des nombres. Héritière des questions mêmes que Gödel soulevait dans les années 1930, la théorie des modèles s'intéresse à ce que des axiomes disent — et taisent — des objets qu'ils décrivent : nombres, corps, groupes. Après une enfance dans la campagne anglaise, elle a posé ses valises à Oxford, où elle a étudié de la licence jusqu'à la thèse. Passée par les universités de Leeds et de Preston, elle est depuis 2020 maîtresse de conférences à l'IMJ-PRG, Université Paris Cité, où elle enseigne et poursuit ses recherches. Elle y codirige le master 2 Logique mathématique et fondements de l'informatique (LMFI). Loin du tableau noir, elle voue un amour profond à la musique, et on peut la surprendre en train de fredonner dans des styles très variés.
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